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Les Fenêtres 1 - Apollinaire et le Cubisme

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"Les Fenêtres" - genèse Du rouge au vert tout le jaune se meurt Quand chantent les aras dans les forêts natales Abatis de pihis Il y a un poème à faire sur l’oiseau qui n’a qu’une aile Nous l’enverrons en message téléphonique Traumatisme géant Il fait couler les yeux Voilà une jeune fille parmi les jeunes Turinaises Le pauvre jeune homme se mouchait dans sa cravate blanche Tu soulèveras le rideau Et maintenant voilà que s’ouvre la fenêtre Araignées quand les mains tissaient la lumière Beauté pâleur insondables violets Nous tenterons en vain de prendre du repos On commencera à minuit Quand on a le temps on a la liberté Bigorneaux Lotte multiples Soleils et l’Oursin du couchant Une vieille paire de chaussures jaunes devant la fenêtre Tours Les Tours ce sont les rues Puits Puits ce sont les places Puits Arbres creux qui abritent les Câpresses vagabondes Les Chabins chantent des airs à mourir Aux Chabines marronnes Et l’O

Poème de Louis Aragon

C'est ma vie il faut bien que je la reconnaisse C'est ma vie et c'est moi cette chanson faussée Un beau soir l'avenir s'appelle le passé C'est alors qu'on se retourne et qu'on voit sa jeunesse Si les volcans éteints le ciel perd son éclat Le jour n'est plus si clair la nuit n'est plus si tendre Jusqu'au dernier moment mon cœur tu peux l'entendre C'est ma vie et ce n'est après tout que cela Je ne vois pas ici vraiment ce qui te peine On te donne le droit de crier dans ta nuit Ton destin te ressemble et ton ombre te suit Les fous ce sont cela qui pour d'autres se prennent

Extrait, Blaise Pascal

"Les Pensées" - extrait ... Car enfin qu'est-ce que l'homme dans la nature ? Un néant à l'égard de l'infini, un tout à l'égard du néant, un milieu entre rien et tout. Infiniment éloigné de comprendre les extrêmes, la fin des choses et leur principe sont pour lui invinciblement cachés dans un secret impénétrable, également incapable de voir le néant d'où il est tiré, et l'infini où il est englouti........

Un peintre et un poète 3 - Apollinaire et le Cubisme

Un peintre et un poète - suite et fin Apollinaire s’était lié avec Sonia et Robert Delaunay à l’époque de ses ennuis avec la justice. A sa sortie de la Santé, le couple lui avait offert l’hospitalité alors que certains de ses amis s’étaient détournés de lui. Leur amitié s’était accrue et scellée au cours du séjour qu’il fit chez eux, au 3 rue des Grands-Augustins. Ils avaient par la suite échangé lettres et discussions au sujet de la peinture nouvelle. Le peintre avait ainsi donné au critique toutes les précisions sur ses propres tentatives tout en spécifiant les bases d’une esthétique possible. Delaunay ne renia jamais cette amitié qui lui attribua dès ses premiers essais la place qu’il pouvait espérer dans le nouveau mouvement artistique. Mais si on pouvait décerner à Apollinaire le prix de la promptitude à défendre et encenser le travail de ces peintres, il n’était toutefois pas le seul écrivain dans cette attirance. Blaise Cendrars, également inspiré par Delaunay, écrivit

Extrait, Muriel Barbery

L'Elégance du Hérisson Une pensée sur l'art : "Nous savons que nous sommes des bêtes dotées d'une arme de survie et non des dieux façonnant le monde de leur pensée propre et il faut bien quelque chose pour que cette sagacité nous devienne tolérable, quelque chose qui nous sauve de la triste et éternelle fièvre des destins biologiques. Alors nous inventons l'Art, cet autre procédé des animaux que nous sommes afin que notre espèce survive." (pages 269/270, Editions Gallimard)

Un peintre et un poète 2 - Apollinaire et le Cubisme

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Apollinaire sentait combien les toiles colorées de Delaunay se différenciaient de l’austère style cubiste, aux couleurs terreuses et à la composition rigoureuse. Juan Gris, adepte tardif, était néanmoins considéré comme le cubiste le plus pur, et était le moins apprécié du poète : « L’art de Juan Gris est une expression trop rigoureuse et trop pauvre du cubisme scientifique." (In Les peintres Cubistes ) Picasso possédait le sens de l’aventure ; Braque, la patience et le raffinement ; Gris désirait avant tout les lois pour un « art profondément intellectualiste ». Apollinaire préférait l’imprévu et le hasard. Le cubisme pur lui demeurait donc étranger malgré le vif intérêt qu’il lui portait depuis quelques années. Mais, s’il s’efforçait de maintenir le style de Delaunay dans le sillage des nouvelles recherches picturales, malgré les différences évidentes, c’était, en fait, parce qu’il était persuadé que cette appellation était la seule renfermant la notion d’art moderne.

"Le Choeur des femmes" de Martin Winckler - Coup de coeur

Dans quelle ville consulte-t-il ? Sous quel nom ? L’avez-vous déjà rencontré ? Il vous fait rentrer dans son cabinet et vous demande, si un interne est présent, si ça ne vous dérange pas qu’il assiste à la consultation. Il s’assoit devant vous à son bureau sans se tourner vers un écran d’ordinateur ou vers votre dossier. Il croise ses mains sur le bureau et vous regarde en vous demandant ce qu’il peut faire pour vous. Il ne porte pas de montre sur son avant-bras. Quand vous commencez à expliquer votre venue, il vous écoute attentivement. Quand vous hésitez, il vous encourage à poursuivre. Dit qu’il comprend. Lance quelques « Mmmm ». Quand vous avez terminé, alors il prend la parole. Il ne dit pas « Il faut ». Il vous conseille, lève vos doutes ou vos peurs. Il explique ce que vous ne comprenez pas. Il vous examine si c’est un besoin et dans ce cas, il vous explique ce qu’il va faire et vous demande si vous êtes d’accord. Il vous propose des solutions, discute de ce qui

Citations, Milan KUNDERA

L'Art du Roman Editions Folio, n°2702, 1986 (P30) L’esprit du roman est l’esprit de complexité. Chaque roman dit au lecteur : « Les choses sont plus compliquées que tu ne le penses. » […] L’esprit du roman est l’esprit de continuité : chaque œuvre est la réponse aux œuvres précédentes, chaque œuvre contient toute expérience antérieure au roman. (P37) Il n’y a apparemment rien de plus évident, de plus tangible et palpable que le moment présent. Toute la tristesse de la vie est là. Pendant une seule seconde, notre vue, notre ouïe, notre odorat enregistrent (sciemment ou à leur insu) une masse d’événements et, par notre tête, passe un cortège de sensations et d’idées. Chaque instant représente un petit univers, irrémédiablement oublié à l’instant suivant. (P46) Le personnage n’est pas une simulation d’un être vivant. C’est un être imaginaire. Un ego expérimental. Le roman renoue ainsi avec ses commencements. (P49) Car rendre un personnage « vivant » signifie : al

Un peintre et un poète 1 - Apollinaire et le Cubisme

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La théorie de la couleur ou « Orphisme » Le nom de Delaunay apparut pour la première fois sous la plume critique d’Apollinaire dans le compte-rendu du Salon des Indépendants de 1911, paru dans L’Intransigeant du 20 au 28 avril. Le peintre exposait dans la fameuse salle 41 placée sous le signe de l’effort et de la nouveauté. Une nouvelle fois, la louange est prophétique ; la nouvelle du critique est divinatoire : « Parmi les mieux doués de ces artistes, on doit saluer Robert Delaunay dont le talent robuste a de la grandeur et de la richesse. L’exubérance qu’il manifeste garantit son avenir. Il se développe dans le dessin et dans le coloris qui sont forts et vivants. Sa tour Eiffel a de la puissance dramatique et son métier est déjà très sur. » Lors de son service militaire, son affectation à la bibliothèque du régiment offrit à Robert Delaunay des temps de lecture qui lui permirent de faire une découverte importante pour ses œuvres futures : celle de la silhouette si car

Précision sur l'étude "Apollinaire et le cubisme"

A vous qui venez de tous pays consulter ce blog et particulièrement cette étude, il est important que j'en donne la genèse. Ce contenu présenté, ici, en morceaux, est un travail mené il y a 20 ans lors de mes études de lettres. Il ne rassemble que des informations choisies, collectionnées dans de multiples ouvrages sur Apollinaire et les peintres cubistes. Aujourd'hui, Internet permet d'insérer facilement des images qu'il m'était parfois difficile, à l'époque, de trouver ou d'intercaler dans mon mémoire à moindre frais. C'est un plaisir aujourd'hui de ressortir ce texte de l'obscurité poussiéreuse où il dormait et de le voir consulter chaque jour dans des lieux les plus divers. Alors, merci à vous ! Et bonne lecture ...l'étude est loin d'arriver à sa fin...

extrait - Milan Kundera

Le Rideau , essai en sept parties Editions Gallimard, 2005, p 196-197 ETERNITE Il y eut de longues époques où l’art ne cherchait pas le nouveau mais était fier de rendre belle la répétition, de renforcer la tradition et d’assurer la stabilité d’une vie collective ; la musique et la danse n’existaient alors que dans le cadre des rites sociaux, des messes, des fêtes. Puis, un jour, au XIIe siècle, un musicien d’église à Paris eut l’idée d’ajouter à la mélodie du chant grégorien, inchangé depuis des siècles, une voix en contrepoint. La mélodie fondamentale restait toujours la même, immémoriale, mais la voix en contrepoint était une nouveauté donnant accès à d’autres nouveautés, au contrepoint à trois, à quatre, à six voix, à des formes polyphoniques de plus en plus complexes et inattendues. Puisqu’ils n’imitaient plus ce qui s’était fait auparavant, les compositeurs perdirent l’anonymat et leurs noms s’allumèrent telles des lampes jalonnant un parcours vers des lointains. Ay

Apollinaire et le Cubisme - Les expositions et la critique 2

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Amoureux du renouveau, Apollinaire n’était pas soucieux d’extravagance et de bizarrerie mais, dans son rôle de critique, il fit preuve de clairvoyance  et fut le seul écrivain d’art à exprimer de l’enthousiasme vis-à-vis des tentatives des jeunes peintres de son époque. «  L’Exposition annuelle du Cercle de l’Union  » fut le premier article d’une longue série que publia l’Intransigeant de 1910 à 1914 et qui défendait la peinture nouvelle dont le nom de « cubisme » se répandait dans la presse parisienne. Cette dénomination se voulait une boutade. A l’occasion de l’exposition, Kahnweiler, en novembre 1908, le critique Louis Vauxcelles employa le terme de « cubes » pour qualifier des toiles du sud. Les œuvres du Salon des Indépendants de 1911 furent jugées des «  bizarreries cubiques  ». Ces moqueries inventèrent sans le désirer un nom aux tableaux de Picasso et de Braque, qui ne pouvaient se ranger sous aucune appellation esthétique connue alors. Désormais, le cubisme classifiait les to