Défenseur de l'art nouveau 1 - Apollinaire et le Cubisme






Le Cubisme et le nouveau réalisme

Le cubisme pictural eut pour origine une appellation incontrôlée. Il en fut ainsi de son dérivé, le cubisme littéraire. En 1912, l’hebdomadaire parisien Fantasio ne songeait qu’à faire rire ses lecteurs aux dépends de quelques poètes jugés incohérents, en donnant sous le titre de « littératures cubistes » des textes de Saint-Pol Roux, Marinetti, Jules Romains et Paul Fort. Ce rapprochement est étrange :
Saint-Pol Roux fut le fondateur de l’idéoréalisme, l’idéalisme platonicien qui s’inspire des recherches les plus intéressantes du symbolisme ;
Marinetti fonda le futurisme qui rejetait les traditions esthétiques et exaltait le monde moderne, en particulier la civilisation urbaine, la machine, la vitesse ;
Jules Romains fonda l’unanimisme où une « poésie immédiate » veut traduire le « sentiment religieux » éprouvé « devant la vie qui nous entoure et nous dépasse » ;
Paul Fort, fondateur en 1912 de la revue néo-symboliste Vers et Prose, choisit un lyrisme emprunt de panthéisme, de folklore, un lyrisme qui s’ouvrait largement à la nature et qui lui valut le titre de « prince des poètes » pour ses Ballades françaises.
Lier ces quatre personnes par une même désignation montrait l’intention satirique et l’imprécision des termes. Le mot « cubisme » était à la mode depuis 1911. Le chroniqueur appliqua ce titre à ce qui lui semblait défier le bon goût et la tradition poétique. Mais aucun écrivain ou groupe littéraire ne se proclama de lui-même cubiste.

Dans Vie anecdotique (le 16 novembre 1912), Apollinaire cita la déclaration que lui fit un poète hollandais, Albert Verwey :

« C’est qu’en Hollande, tout le monde s’intéresse depuis longtemps aux choses de la peinture et il n’y a pas de poète chez nous qui n’ait aussitôt saisi les relations qui lient la nouvelle peinture à la poésie. »

Et enchaîna sur les fréquentations entre peintres et poètes, sans parler de quelques rapports esthétiques que ce soit :

« Il ne faut pas oublier, en effet, que Delaunay, Gleizes, Le Fauconnier, Metzinger, Léger, etc, c'est-à-dire la plupart des peintres cubistes, vivent dans la compagnie des poètes. Quant à Picasso qui inventa la peinture nouvelle et qui, on ne peut plus en douter, aujourd’hui, est la figure artistiques la plus haute de ce temps, il n’a vécu que parmi des poètes que je m’honore d’être. »

Il le fit en février 1913, dans le magazine In der Sturm, en mettant en parallèle l’évolution de la peinture, de l’impressionnisme au cubisme, et celle de la littérature jusqu’au dramatisme :

« Ce mouvement dramatique dans l’art et la poésie devient de plus en plus fort en France. »

Tout en se refusant à assimiler ces deux orientations :

« Parallèlement, le nouveau mouvement poétique que nous connaissons en France sous le nom de dramatisme s’élève vers ce lyrisme concret, direct, auquel des auteurs descriptifs ne sauraient atteindre. »

L’expression « cubisme littéraire » revint sous la plume d’autres critiques.
Ainsi Georges Polti s’interrogea sur l’orientation des poètes des années 1910 en parvenant à cette conclusion :

« Car il ne s’agit plus, pour une époque où même les phénomènes de la vie se ramènent à des proportions algébriques, d’un réalisme, d’un naturalisme, mais bien d’un mathématisme. De quelque chose comme un cubisme littéraire. » (Les Horizons, n°1, le 15 février 1912)

En 1914, l’écrivain Henri Vandeputte écrit à propos du poème « Lundi rue Christine » :

« Les gens simples, n’ayant pas d’épithète meilleure, parleront de poésie cubiste. Ils n’auront pas torts. Presque superposition d’images simultanées. Point de ponctuation ? Et la fin des phrases ? S’il plaît au poète. L’effet est indéniable. »

Barzun en donna cette définition :

« un art entièrement nouveau, non pus successif, comme le lyrisme actuel, mais plastique, c'est-à-dire formé d’un plasma, d’un corps vivant ayant des dimensions autres que la seule longueur, c'est-à-dire des volumes, des masses, de la profondeur. » (Paris-Journal, le 16 décembre 1913)

Et dans son Histoire contemporaine des Lettres françaises, parue en 1914, Florian-Parmentier se demandait :

« N’est-ce pas, alors ?, appliquer le cubisme à la littérature ?... »

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