Défenseur de l'art nouveau 4 - Apollinaire et le Cubisme






Les rythmes nouveaux, les jeux de langage, la dislocation du discours poétique traditionnel représentaient le désir de faire de son propre monde, un monde commun et surprenant.
Le rythme des vers devait se créer de lui-même au fur et à mesure de la la lecture. Le moyen ? supprimer toute ponctuation. Le poème ainsi allait pouvoir appartenir à chacun, se recomposant à chaque lecture.


Au début de 1913, le cercle des relation d'Apollinaire s'élargit avec Paul Morisse, chargé de la lecture des manuscrits au Mercure de France et qui présidait à la composition des livres et aux rapports des auteurs avec l'imprimerie. Lisant le recueil Alcools, il nota plusieurs fautes de ponctuation par les typographes, fautes qui dénaturaient le sens des vers jusqu'à les rendre incohérents. Lorsqu'Apollinaire l'apprit, dans un mouvement d'impatience, il supprima toute la ponctuation. et il traça un magistral 'deleatur' s'appliquant à la ponctuation entière du recueil. Devant l'émoi provoqué par cette décision si soudaine, il déclara :

              "La ponctuation n'est pas indispensable en poésie car la poésie
               se suffit à elle-même. Elle n'a pas besoin des points et des virgules
               et encore moins des exclamations, des interrogations et des suspensions
               pour se rendre intelligible. Son rythme et sa cadence sont là dans ce but,

               lorsqu'elle est bien conçue par un vrai poète..."
               (Souvenirs d'Apollinaire, par Louise Faure-Favier, Grasset, 1945)

Cet acte de suppression devint un des principes essentiels de la poésie d'Apollinaire dès l'époque d'Alcools et jusqu'à sa mort. Ainsi, plutôt que de représenter un objet ou un motif, elle en suggérait d'autres, tout à fait nouveaux, en utilisant des éléments connus.
Ainsi que le faisait le cubisme en peinture !
Le réalisme du poète rejoint le cubisme du peintre dans le principe d'une vérité toujours nouvelle.

        Littérature et peinture réfléchirent donc ensemble sur la problématique de la vérité dans l'art en général. Leur but fut commun, leurs moyens furent propres à chacun. L'appellation de 'littérature cubiste' lançait à tort pour juger les dernières nouveautés poétiques avait surgi sous la plume d'un critique qui sacrifiait à la mode pour attirer le lecteur; cubiste correspondait ici à moderniste. Elle était le reflet d'un esprit d'avant-garde.





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