Poème programme d'un esprit nouveau - 2 "Les Collines"





Le premier postulat de "l'esprit nouveau" est la quête de la vérité. "Aussi bien dans le domaine éthnique que dans celui de l'imagination". Il faut faire l'effort de dépasser les limites données. La littérature est brimée en prose par les lois grammaticales, en poésie par la versification. L'imagination doit découvrir de nouvelles combinaisons, de nouvelles possibilités de création. L'artiste s'imposera comme loi, la formule de Picasso :

"Je ne cherche pas, je trouve."


Et pour trouver, il s'agit d'aller à la rencontre des phénomènes et de le faire sans préjugés mais l'esprit ouvert à toutes combinaisons possibles :

"L'assonance, l'allitération aussi bien que la rime sont des conventions qui chacune à ses mérites personnels. Les articles typographiques poussés très loin avec une audace ont l'avantage de faire naître un lyrisme visuel qui était presque inconnu avant notre époque."

Le poète possède la faculté d'imaginer des vérités qui, au premier abord, semblent inconcevables :

 "Les gants sont morts près d'une pomme
Une dame se tord le cou
Auprès d'un monsieur qui s'avale"

Dans la strophe 13, il s'adresse au désir comme à sa muse :

" La grande force est le désir
Et viens que je te baise au front
O légère comme une flamme
Dont tu as toute la souffrance
Toute l'ardeur et tout l'éclat"

La grande force motrice des temps à venir est le désir. La "flamme" symbolise la chaleur, la lumière mais aussi l'inspiration créatrice. L'exploration des lieux inconnus se fait sur tous les plans possibles. La liberté est un des thèmes dominants pour la "philosophie" de l'Esprit Nouveau :

"(...) quand on pense qu'un jour quotidien traite dans une seule feuille des matières les plus diverses qui traversent les pays les plus éloignés, on se demande pourquoi le poètes n'aurait pas une liberté au moins égale (...)"

le début du XXème siècle voit la naissance une ère technologique tout à fait nouvelle dont il faut "Pénétrer le secret doré". La vitesse s'incorpore dans le quotidien avec l'autobus, l'automobile, le métro parisien et l'aviation dont les progrès fascinent Apollinaire lui-même :

"Au dessus de Paris un jour
Combattaient deux grands avions"

Il en est de même pour d'autres moyens de communication : le phonographe et le cinéma. L'art du cinéma est de reproduire la réalité tout en emmagasinant le passé. Les conséquences dans les domaines artistiques pourraient être retentissants. Dans L'Intransigeant du 1er mars 1910, Apollinaire, sous le pseudo de Paul Hédégat, écrit :

"On imagine sans peine que la phonographe et le cinématographe ont pour moi un attrait sans pareil. Ils satisfont tout à la fois mon amour pour la science, ma passion pour les lettres et mon goût artistique."

C'est le monde entier que les poètes s'apprêtent à avoir à leur disposition; un monde qui englobe "rumeurs" et "apparences", "pensée" et "langage humain", "chant" dans "tous les arts et tous les artifices". Le nouveau est présent aussi dans les progrès des recherches scientifiques. mais si "les savants scrutent sans cesse de nouveaux univers", ils ont obligatoirement besoin de l'imagination fertile des poètes qui décèleront de nouvelles réalités des "mille et mille combinaisons naturelles qui n'ont jamais été composées." :

"Profondeurs de la conscience
On vous explorera demain
Et qui sait quels êtres vivants
Seront tirés de ces abîmes
Avec des univers entiers

C'est par la faculté de créer que devient important le rôle du poète. Celui-ci possède le privilège de l'imagination, domaine riche, étendue infinie. Ce qu'il crée, ce sont des vérités supposées que les inventeurs devront vérifier et réaliser. Ainsi "tant que les avions ne peuplaient pas le ciel, la fable d'Icare n'était qu'une vérité supposée." Les matières poétiques se renouvelleront dans le fait quotidien ou dans les thèmes les plus vastes. La nature entière, de l'insaisissable au moins sublime est à la disposition du poète. Il n'est plus seulement l'homme du beau mais plutôt l'homme du vrai.


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